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Evolution du Pérou

L’évolution du Pérou vue par deux missionnaires

« À notre arrivée, par exemple, les rôles entre les hommes et les femmes étaient bien campés. Si je pense au tricot, c’étaient les hommes qui s’adonnaient à cette activité alors que les femmes se chargeaient de filer la laine des moutons, des lamas et des alpagas. »
Il leur a fallu apprendre la langue locale, s’imprégner des coutumes tout en s’arrangeant pour s’équiper du nécessaire, dont une Jeep afin de pouvoir circuler d’un village à l’autre.
Dans leur approche du développement, les religieuses ont adopté une méthode consistant à apporter une valeur ajoutée à une activité traditionnelle. Ainsi, au lieu de simplement récolter et filer la laine pour la vendre au marché à très petit prix, elles ont amenés les Andins à fabriquer des vêtements (foulards, tuques, bas, chandails, ponchos) qu’ils pouvaient offrir avec un profit plus élevé.
« Nous avons également fait en sorte que les motifs sur ces vêtements représentent des valeurs ancestrales pour eux, telle l’importance du soleil ». Pour sa part, Elmire Allary a travaillé à développer des jardins communautaires. « Il faut dire que la première récolte n’était pas terrible et que les hommes en ont profité pour dire que ce n’était pas un travail pour les femmes, raconte-t-elle. Les années qui ont suivi leur ont donné tort ».
Au bord de la faillite, le Pérou – un producteur minier important – s’est tourné vers le Fonds monétaire international au cours des années 1980. Il en a résulté l’arrivée de compagnies multinationales qui ont commencé à exploiter les ressources justement au moment où le prix des métaux était très élevé.
« Sous certains aspects, cela a été une bonne chose, précise Sr Allary. Ils ont dû construire des routes, ce qui a réduit l’isolement des villages. Les gens ont trouvé des emplois bien payés. Les camps miniers offraient de petits hôpitaux et des écoles. Une partie des revenus a également été réinvestie afin de former des techniciens et des technologues qui trouvaient des emplois dans la mine ou encore, créaient de petites entreprises de fournisseurs. Cependant, il y a eu des luttes de travailleurs, la pollution des sols et des eaux et les activités agricoles traditionnelles ont été restreintes car les mines occupaient de vastes portions du territoire. »
Deux approches au développement donc, la première fondée sur la collaboration, l’enseignement et la préservation des valeurs traditionnelles. La seconde, plus intrusive, rapproche ces communautés du niveau de vie des sociétés plus riches mais le prix à payer se traduit par une certaine perte d’identité.
La durée de vie des mines est d’environ un quart de siècle après quoi leurs dirigeants décident s’il faut continuer, ou non, d’investir pour 25 années supplémentaires, ce qui laisse les deux missionnaires inquiètes. Qu’arrivera-t-il si les minières quittent, s’interrogent les religieuses.

Photo : Sr Elmire Allary et Sr Agnès Bouchard, religieuses missionnaires.

Journal Le Rempart 05/27/2017