Les actualités

Du 2019-11-02 au 2019-11-25

Le Noel de Novembre

Février s’approche de Novembre

Février :       Allons, mon vieux, ça n’a pas l’air d’aller.

Novembre:   À qui le dis-tu?  Non, ça ne va pas.

Février :       Pourtant nous serons bientôt à la crèche pour y recevoir la bénédiction de l’Enfant, avec les autres mois, nos frères.

Novembre :  Je sais... mais que veux-tu que je lui offre moi, à cet Enfant?

Je n’ai rien qui vaille. Vous êtes tous mieux partagé que moi.

Février un peu mal à l’aise devant cette réponse, bredouille...

Février :       Voyons, voyons, tu exagères.

Les deux ralentissent le pas.   Après un certain silence...

Février :       Nous avons chacun nos misères, tu sais. Tu n’as pas mon vent glacial et mon amputation de deux jours et les jours de Décembre sont encore plus courts et plus sombres que les tiens.

Novembre :  Décembre... parlons-en! C’est lui qui a la plus belle fête de l’année. C’est lui dont tout le monde parle, avec ses décorations, ses lumières et ses cadeaux. Et puis... C’est lui qui accueille l’Enfant (dit d’un air chagrin)

Février :       Et pourquoi penses-tu qu’il a été choisi pour célébrer Noël sinon parce qu’il était le plus pauvre de nous tous avec ses jours dévorés par la nuit.

Novembre :  Tu crois?

Février :       Sûr... tu sais bien... le vieux Zacharie a dit de cet Enfant qu’Il est la Lumière qui vient éclairer ceux qui sont dans les ténèbres. Il convenait donc de le fêter, Lui la Lumière du monde, lors des jours de plus grande obscurité, afin que sa gloire soit davantage manifestée.

Février :       C’est pourquoi on célèbre sa fête en décembre. Mais toi, avec ton long couloir de jours gris, tu aides l’humanité à désirer cette Lumière; tu l’exerces à l’espérance. Ainsi, comme Jean le Baptiste, tu prépares les voies du Seigneur!

Novembre :  Moi?...  Vraiment?...

Février :       Mais oui... Tu es chargé d’une mission très importante.

Novembre baisse davantage la tête en disant:

Novembre :  C’est que je me sens si peu aimable, si pauvre.

Février :       Tu as donc oublié que c’est d’abord pour les pauvres qu’Il est venu... Prends toutes tes petites misères, fais-en un paquet, et tu déposeras ce paquet aux pieds de l’Enfant. Tu verras... Il appréciera davantage ton cadeau que l’or et l’encens des Mages puisque c’est une part de toi-même que tu lui donneras, et une part de toi-même que tu as de la difficulté à accepter. Mais lui l’accepteras... car tu as du prix à ses yeux, même avec tes défauts...

Il sait bien qu’au fond nous aimerions être parfaits. Mais alors nous n’aurions plus besoin de lui.

Novembre :  Tu crois vraiment cela, toi?  Hein?  Tu crois vraiment cela?

Février :       Pour sûr. Comment pense-tu que je peux garder ma joie malgré mes frimas et mon amputation de deux jours. Cette fameuse amputation je la vis bien car j’en ai fais cadeau à l’Enfant il y a belle lurette!

Silence... Puis, au bout d’un moment, Novembre redresse la tête, détend son visage et affermit son pas.

Novembre :  Allons rejoindre les autres, je ne veux surtout pas le manquer cet Enfant.

Du 2019-11-01 au 2019-11-12

Ouverture et défis

 Keiko : une aide précieuse à Tokyo

Depuis 2006, je travaille au CTIC ( Catholic Tokyo International Center ).

C’est un centre fondé par l’archidiocèse de Tokyo pour aider les immigrants. Ceux qui se présentent ici viennent du Pérou, du Brésil, des Philippines et de la Colombie. Ils consultent pour divers problèmes de la vie quotidienne, système scolaire, non-paiement de salaires, divorce, papiers d’immigration…

Grâce à l’accompagnement du directeur de ce Centre, j’acquiers beaucoup de connaissances sur les lois, l’analyse des problèmes, les façons d’aider, etc. Compte tenu de mes nombreuses années de service à l’Ambassade des Philippines, je sers souvent d’intermédiaire entre les Bureaux régionaux de l’Immigration et l’Ambassade des Philippines pour l’obtention de documents nécessaires à certains immigrants.

Ici au Japon, les problèmes que vivent les immigrants sont multiples. Étant dans un pays étranger, les difficultés sont souvent compliquées et vécues dans l’anxiété. Les enfants sont souvent victimes du système : ceux qui s’adaptent peu à la culture japonaise, sombrent dans la mauvaise conduite; les jeunes dont les parents ont des visas expirés n’ont aucun espoir de recevoir une éducation dans une école du Japon. La complexité est d’autant plus grande lorsque les enfants proviennent de mariages interculturels.

Je m’occupe de Sampaguita, un groupe d’entraide dédié spécialement aux Philippins du Japon. Récemment, une famille de ce groupe a demandé une permission spéciale au gouvernement : que leurs deux enfants puissent étudier dans une école japonaise ! Pour appuyer cette demande, j’ai remis un rapport écrit au Ministère de la Justice, et je l’ai porté personnellement au directeur général du Bureau de l’Immigration de Tokyo. Je prie pour que cette famille obtienne bientôt cette permission tant souhaitée. Je recommande à vos prières ce travail auprès de tant de familles dans le besoin.

 

Une expérience enrichissante pour Ana

En tant que Péruvienne, j’aide les arrivants au niveau légal et pastoral. Tous les jours, je visite des Latino-américains au centre de détention. Ils sont arrêtés à cause de leur permis de séjour expiré; ils seront bientôt déportés vers leur pays d’origine. Je contacte alors leur famille ici, au Japon, et dans leur propre pays. De plus, je les accompagne pour les procédures judiciaires; ils peuvent compter sur mon appui spirituel et moral. C’est pénible pour eux… et pour moi, car je connais leur situation, surtout quand ils viennent du Pérou.

Des immigrants me demandent souvent de les accompagner comme interprète devant le tribunal, pour les cas de divorce, et dans les hôpitaux. J’ai dû perfectionner mon japonais et même mon espagnol, car la terminologie juridique et médicale est spécifique. Bien des situations viennent me chercher dans mes émotions. Un jour que j’accompagnais une  Péruvienne à l’hôpital, le médecin japonais me donnait le résultat de ses nombreux examens médicaux et je traduisais. Or, il ne restait que peu de temps à vivre à cette dame atteinte du cancer. Comment traduire cette triste nouvelle sans pleurer…

Comme la plupart des parents immigrants ne comprennent pas le japonais, je sers d’interprète dans les écoles pour les réunions. Je traduis les informations concernant leurs enfants. Un problème majeur se développe au Japon : les parents ne comprennent plus leurs enfants qui parlent maintenant le japonais. Ils s’interrogent : Comment leur transmettre nos valeurs, notre culture, notre foi ? Les parents s’en remettent à l’Église pour accomplir cette tâche. Ils me demandent de parler à leurs enfants, de Dieu et du Pérou, en japonais…

La fin de semaine, je travaille dans différentes paroisses où l’on célèbre des messes en espagnol. Je prépare les gens aux sacrements et je forme des leaders. La situation des étrangers n’est pas facile au Japon. Malgré tout, plusieurs familles immigrantes décident d’y demeurer.

Les parents prennent cette décision après avoir observé le mode de vie des Japonais, leur culture et leurs valeurs. Et petit à petit, ils commencent à se sentir chez eux. En tant que catholiques, ils ne sont plus des gens en accueil : ils participent aux activités pastorales. Il y a même une paroisse où le président du conseil de pastorale est un immigrant.

Je suis très heureuse dans mon travail ici. Il y a une Parole de Dieu que je porte en mon coeur et qui m’accompagne dans cette mission : Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent ( Rm 12,15 ).

Le Précurseur | automne 2007

 

Du 2019-10-20 au 2019-11-29

Quand la fiction devient réalité

Une soif qui se réveille

Pendant des années, le monde a été pour moi une étonnante séquence de statistiques et une accumulation de données. Les différences culturelles ne m’apparaissaient pas encore clairement, sauf en termes mathématiques. Ma soif de savoir s’est réveillée au contact de personnes provenant d’autres régions du monde. La fiction devenait réalité. La fraternité universelle a pris une dimension concrète et s’est développée à travers le chant choral, les cours d’espagnol, l’apprentissage des danses latines, le bénévolat dans un centre de femmes, les voyages de plus en plus  loin, de plus en plus longs, de plus en plus tournés vers l’autre…

De retour dans Mon Québec, je vois maintenant le mouvement social en couleurs, si vous me permettez l’expression, dans l’optique de Nelson Mandela parlant de l’Afrique du Sud. Le Québec d’aujourd’hui, c’est une mosaïque de couleurs ethniques, de variétés culturelles, de richesses humaines.

Entrer dans la mêlée

Indifférents à ce changement social, les Québécois ? Ils ne peuvent l’être réellement à moins de fermer les yeux et de s’imposer une vie de reclus. À mon avis, certaines personnes ignorent qui sont les nouveaux arrivants. Les différences de culture leur font un peu peur. Plusieurs se contentent d’observer de loin, mais sans entrer dans la mêlée. C’est le temps de s’apprivoiser à la nouvelle réalité du voisinage multiculturel. La majorité des gens est prête à tendre la main à l’immigrant; elle va maintenant à la rencontre de son voisin. Il faut parfois trouver un prétexte, provoquer une occasion pour se parler la première fois et mettre un peu d’honnêteté dans l’approche. Le Québec a besoin d’immigrants pour assurer son avenir. Toute personne, d’où qu’elle provienne, peut contribuer efficacement à bâtir un monde plus juste et plus fraternel.

Marie Brassard

Le Précurseur | automne 2007