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Du 2020-02-10 au 2020-03-14

Héritage et avenir

Nous devons être conscients de nos origines; je suis moi-même le produit de deux cultures, ayant un père et une mère de provenance différente. Je ne peux renier mes racines roumaines et québécoises et j’ai le devoir de préserver ce bagage et d’en faire profiter la société à laquelle j’appartiens et à laquelle je m’identifie. Cet héritage ne doit pas servir à nous diviser ou à nous uniformiser, mais doit nous aider à communier, à nous enrichir et à vivre notre humanité. Le Québec moderne réunit des personnes de tous genres et de toutes origines autour d’une même langue et des mêmes valeurs de liberté, partage, entraide, compassion et communauté. C’est vers cette harmonie que nous devons tendre, en faisant le pont entre l’ancien et le nouveau, en construisant ensemble une société qui se souvient, mais qui se tourne aussi vers l’avenir.

 

L’UNION FAIT LA FORCE

Nombreux sont les prophètes de malheur qui ne jurent que par l’intolérance et qui s’alimentent de la peur qu’ils engendrent. On voudrait nous faire croire qu’il existe plusieurs classes de citoyens, plusieurs catégories de personnes. La politique de la division détourne notre attention des véritables problèmes auxquels font face nos sociétés. Partout, on tente de nous éloigner les uns des autres, on veut diviser pour mieux régner. Alors que l’écart s’élargit entre les riches et les pauvres, on creuse des fossés de préjugés et de mépris. Alors que nos démocraties sont malades, on pointe du doigt l’Étranger et on l’accuse de tous les maux. L’ignorance et l’intolérance ont un cout et il nous faut y remédier avant qu’il ne soit trop tard.

Si au royaume des aveugles les borgnes sont rois, au royaume des intransigeants, les démagogues le sont. Un des grands défis de notre temps est de résister à l’appel irrationnel de cette démagogie destructrice qui se répand comme de la mauvaise herbe. Unissons-nous derrière les valeurs de solidarité et d’empathie qui, je le crois, sont innées chez les humains. On construit des murs ou on promet d’en faire, alors qu’il faudrait construire des ponts. Soyons des bâtisseurs de l’espoir et non de la division.

 

TOUS LES CHEMINS MÈNENT À ROME

J’ai eu la chance plus tôt, cet été, de visiter Rome. Un trait marquant dans cette ville, haut lieu du catholicisme, est la cohabitation d’un nombre incalculable d’églises d’origines et de confessions différentes. Loin d’être chaotique, cette cohabitation éclectique se fait dans une certaine harmonie, un certain respect pour l’histoire et le sacré du lieu. Cette atmosphère d’inclusion et de paix s’allie bien à la politique d’ouverture et de dialogue entamée par le pape François depuis son élection. En effet, il est encourageant de voir une figure aussi importante, non seulement pour le monde catholique, mais aussi pour toute la diplomatie internationale, prendre position pour un meilleur dialogue et l’entente entre les nations.

Cette volonté de rassembler est très louable, car c’est le pari de l’unité et de la paix qui est fait plutôt que celui de l’opposition et de l’exclusion. Que nous soyons riches ou pauvres, jeunes ou vieux et peu importe notre provenance, ouvrons-nous aux autres, soyons tolérants, car ce n’est que de cette façon que nos sociétés pourront évoluer. Tel est le message qu’il nous faut transmettre. Nous sommes tous humains et ce n’est pas le hasard temporel ou géographique qui devrait décider de notre sort et de la qualité de vie que nous pourrons mener.

RÊVER

Le cynisme et le défaitisme sont des obstacles de taille à toute évolution. On peut se permettre de rêver. Le rêve est la première étape vers la volonté de progrès qui, à son tour, entraine l’action. Se dire qu’une société ne peut s’améliorer, sous prétexte qu’elle a toujours  été ainsi et qu’elle le sera toujours, est incroyablement dommageable. Les changements sont parfois nécessaires et accepter qu’ils soient possibles est la première étape vers leur réalisation. Une société qui se respecte tient toujours compte de son passé et se construit sur une base solide. Le devoir de mémoire est essentiel tout comme la capacité à s’adapter. Sachons être le roseau de la fable qui fait face à la tempête : un roseau dont la racine est assez solide pour le maintenir en place, mais dont la flexibilité lui permet de faire face à l’adversité.

Du 2020-01-10 au 2020-02-20

Shanghai hier et aujourd’hui

La chute de Shanghai

L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement communiste vient bouleverser tout le pays. Shanghai se voit subitement sombrer dans l’obscurité et la peur. Une attaque massive contre l’Église catholique marque le début de l’ère de persécution et de martyre. Nos parents se réfugient à Hong Kong, comme beaucoup d’autres. Ils espèrent y reprendre une vie nouvelle avec nous. Mais dès 1951, les communistes ferment toutes les sorties du pays : mes deux frères et moi sommes forcés d’y rester. Adieu la sécurité du foyer familial ! J’ai alors 6 ans; mes frères, 10 et 16 ans. Malgré notre désarroi, Dieu reste présent et Il nous protège grâce aux soins généreux et affectueux de notre parenté qui, en dépit de sa propre misère, nous abrite et pourvoit à nos besoins essentiels.

Comme l’Église est sous surveillance, la pratique de notre foi devient un défi et un danger ! Je suis témoin de la foi invincible de mon peuple qui, avec courage, marche à la suite du Christ jusqu’aux camps de concentration et à la prison. Très jeune, je réalise que sans la foi, la vie n’a aucun sens, mais qu’avec la foi, personne ne peut ravir notre paix, notre liberté et notre joie intérieure, même au milieu des persécutions ! Les chrétiens vivent les Béatitudes… en vérité et en totalité ! Avec mes frères, j’ai été témoin de l’arrestation de notre évêque, le Cardinal Kung : un événement qui a marqué toute ma vie ! Il m’a fait comprendre encore mieux ce que signifie suivre le Christ et porter sa croix. Ce fut là, peut-être, le début de mon désir de consacrer ma vie au Christ !

Rêver l’impossible

Le Seigneur sait rendre possible ce qui ne l’est pas. En septembre 1957, avec l’aide de notre parenté, nous avons pu nous rendre à Hong Kong. Les premières personnes à nous accueillir ? Les Soeurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception ! Le Seigneur  m’ouvrait la  voie vers un avenir où je deviendrais partie prenante du rêve de Délia Tétreault. Dix ans plus tard, je répondais joyeusement oui à l’invitation du Seigneur à travailler dans sa vigne avec les MIC !

Mon retour à Shanghai

De retour à Shanghai pour la première fois en 1981, j’ai été profondément attristée de voir mon peuple qui vivait dans une misère pire que celle d’autrefois. Shanghai était dans un état de délabrement avancé. La plupart des églises avaient été détruites, transformées en marchés ou en abris provisoires. Mon église paroissiale St. Peter était devenue un musée. La situation donnait envie de pleurer car les gens marchaient dans la noirceur, le coeur vide d’espoir. Mes cousins et cousines étaient revenus chez eux malades, privés d’éducation; ils n’étaient pas préparés à intégrer le marché du travail.

J’ai visité beaucoup de catholiques qui avaient souffert des années d’emprisonnement avant d’être libérés. Ce qui m’a le plus touchée ? Aucun d’eux ne s’est plaint de ses souffrances; tous vivaient dans la paix et la sérénité. Dieu n’a jamais quitté son peuple malgré ces années de désolation ! Je suis repartie avec un mélange de joie et de tristesse…

Shanghai aujourd’hui

Comme le phénix qui renaît de ses cendres, la ville de Shanghai s’est relevée ! En octobre 2007, j’y suis retournée. Cette ville est vraiment splendide ! Des conditions de vie meilleures ont redonné espoir à ses citoyens. Mes parents ne souffrent plus; la plupart d’entre eux jouissent d’une vie assez confortable.

Les églises sont en voie d’être restaurées, même si elles sont encore soumises à des restrictions. Le nombre de croyants augmente d’année en année ainsi que les vocations sacerdotales et religieuses. Lors de ma visite à l’église St. Peter, j’ai été surprise d’assister à une messe en langue anglaise qui regroupait des Occidentaux, des Philippins et des Chinois. Les semences de la foi jadis jetées en terre portent encore des fruits à travers ceux qui ont survécu aux persécutions et qui continuent de transmettre à d’autres le feu sacré de l’Amour divin. Pour combien de temps encore ? L’avenir le dira !

Le diocèse de Shanghai : 400 ans !

Comme le diocèse de Québec, le diocèse de Shanghai a célébré, lui aussi son 400e anniversaire de fondation. Des diocèses jumeaux, fondés la même année par des missionnaires français ! Il n’est donc pas étonnant que je me sois tellement sentie chez moi en me joignant aux Soeurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception.

Cecilia Hong, m.i.c.