Les actualités
Novembre 2021

Du 2021-11-28 au 2021-12-24

Avent

Vierge de l'attente

Sainte Marie, femme de l’attente, soulage la douleur des mères souffrant pour leurs fils qui, sortis un jour de la maison, n’y sont jamais revenus, tués dans un accident ou séduits par les appels de la jungle; dispersés par la fureur de la guerre ou aspirés par le tourbillon des passions; engloutis par la fureur de l’océan ou bouleversés par les tempêtes de la vie.

Sainte Marie, vierge de l'attente, donne-nous une âme de veilleur. Arrivés au seuil du troisième millénaire, nous nous sentons malheureusement plutôt fils du crépuscule que prophètes de l'Avent. Sentinelle du matin, réveille dans nos coeurs la passion de fraîches nouvelles à porter à un monde qui se sent déjà vieux. Apporte-nous enfin la harpe et la cithare, afin qu'avec toi, matinale, nous puissions réveiller l'aurore.

Face aux changements qui secouent l'histoire, donne-nous de sentir sur notre peau les frissons des commencements. Fais-nous comprendre qu'il ne suffit pas d'accueillir, il faut attendre. Accueillir est parfois un signe de résignation. Attendre est toujours un signe d'espérance. Rends-nous pour cela ministres de l'attente. Quand le Seigneur viendra, ô Vierge de l'Avent, qu'il nous surprenne, grâce à ta complicité maternelle, la lampe à la main. 
Mgr Tonino Bello

Du 2021-09-23 au 2021-11-23

POUR QUE LA VIE EN SORTE GAGNANTE

Ma vie et les médias qui en font partie me rappellent quotidiennement qu’il y a présentement pas mal de monde dans les fossés, que ces fossés sont de plus en plus diversifiés, profonds, et que les soigneurs/Samaritains sont en nombre insuffisant. Les soigneurs «officiels» et leur admirable compétence sont toujours là pour les grandes catastrophes de la Vie, mais il y a ces multiples « petites catastrophes » au jour le jour, malheureusement oubliées, dont l’importance négligée se transforme parfois en grandes catastrophes. Alors je m’interroge sans accuser personne : se pourrait-il que la famille soit un lieu d’apprentissage efficace et privilégié qui pourrait permettre à ses membres autant d’éviter de vilaines blessures que de porter secours à celles et ceux abandonnés dans le fossé ? Les familles sont-elles conscientes qu’elles sont, un peu comme Jésus, des pédagogues de première ligne pour initier leurs membres à l’art de porter attention et à celui d’utiliser l’huile de la tendresse ?

 

LE BUT DE L’ÉDUCATION

Qui mieux que la famille est bien placée pour développer chez ses enfants la façon de s’approprier, de savoir attendre sans être crispé, d’entendre la souffrance cachée dans les mots de l’autre, de tenir le coup même si ça saigne, de partager; qui mieux que la famille est bien placée pour « enseigner » à ses enfants l’importance de reconnaître

humblement ses forces et ses limites, de chercher sans cesse la vérité, d’apprécier le silence et la solitude, de pardonner, de servir en premier lieu le plus affaibli, d’être attentif à son environnement. Comme le disait Simone Weil citée par le théologien québécois décédé André  Naud : Il faut faire attention à l’attention. L’attention est la présence éveillée à l’autre : c’est le but de l’éducation. La famille est un lieu d’apprentissage à l’attention. À une époque où tout est mis en oeuvre pour nous distraire et nous divertir, qui, sinon la famille, osera humaniser notre société centrée sur le moi, moi, moi ? Un moi qui, parce que distrait, ne voit pas les fossés et risque de s’y ramasser un jour. Qui l’en sortira ?

Jésus n’a proposé aucun modèle familial, mais il a cherché à sensibiliser son entourage à la présence et à l’importance des petits enfants afin que la Vie en sorte gagnante. Et la Vie en sortira gagnante non pas si le déficit zéro est atteint ou si les églises sont remplies à craquer, mais si la société s’humanise et que les familles deviennent des lieux d’apprentissage de l’attention et de la tendresse.  Qu’apprenons-nous présentement à nos enfants ? À quels messages les exposons-nous ? Vers quoi dirigeons-nous leur attention ? À qui les confions-nous ? Quel temps leur accordons-nous ? Et quel est le contenu de ce temps accordé ?

 

AU PLUS FORT LA POCHE

De nos jours, les dirigeants des pays de notre planète font des choix inquiétants qui mettent la Vie en échec et l’empoisonnent à petites doses : armement, pollution, monopoles, intimidation, dictatures, OGM, compétition effrénée...  Nombre de jeunes sont devenus incapables de croire que les autres peuvent les regarder et se   comporter envers eux avec respect, générosité, amitié, esprit de coopération ou avec une volonté d’exister et de faire ensemble.... On a l’impression que nous avons tous perdu confiance dans les institutions collectives. Pour que la Vie en sorte gagnante, les familles devront être soutenues de mille façons pour redevenir des pédagogues qui initient leurs membres à l’art de faire attention à l’autre et d’utiliser l’huile de la tendresse. La société qui est la nôtre efface de plus en plus la solidarité : c’est une société de marché basée sur la concurrence, la rivalité et la compétition. « Au plus fort la poche ! »Quand se vit la solidarité, « chaque membre se sent, par elle et grâce à elle, conforté dans la sécurité de son existence » . Voilà le vrai défi des familles d’aujourd’hui... le modèle familial à diffuser est très secondaire.

Andre Gadbois