conte et prieres

Dans une immense cage de verre vivaient ensemble, un héron splendide d'un bleu chatoyant à en faire rêver tous ceux de son espèce et aussi un simple petit moineau sans éclat. Quand le héron étendait les ailes et prenait son envol, il était tout simplement majestueux, tous les regards se fixaient sur lui brillant d'admiration. Le petit moineau avait beau battre de l'aile seul quelques tout-petits s'amusaient de ses joyeux ébats.

Ils avaient en commun une très belle, spacieuse maison de verre qui permettait au curieux de mieux les contempler; mais, c'était quand même un pauvre réduit au milieu de la nature luxuriante du jardin où était situé le zoo.

Or un jour, entre deux jointures des murs de verre, une fissure apparut. À peine perceptible au début, elle ouvrait peu à peu un chemin d'espérance. Le héron tempêtait contre cette ouverture qui déparait la beauté de sa maison. Le petit moineau ne disait mot et se prenait à rêver de grands espaces. Chaque jour ils venaient tous les deux y faire leur inspection l'un pour se plaindre et l'autre pour espérer.

Un jour qu'ils étaient venus pour leur inspection journalière, oh surprise! Le petit moineau tout étonné n'en croyait pas ses yeux. Il s'approcha tout près, plus près de la blessure de cristal et, retenant son souffle, se faisant encore plus petit, il se glissa doucement entre les deux parois. Un moment il crut bien y demeurer coincé. Il ferma les yeux bien fort, fit un dernier effort et dans un cri, il donna un coup d'aile et se retrouva… libre…, libre enfin…

Une goutte de sang perla sous une de ses ailes. Un éclat de verre l'avait blessé mais il savait que bien vite il en guérirait. Tout à la joie de sentir le vent dans son plumage, il ne voyait pas le pauvre héron qui tentait mais en vain de se glisser par l'ouverture.

"Pauvre héron, dit-il, un jour je reviendrai." "Je n'y compte pas", répondit le héron déçu,

regardant son petit compagnon s'éloigner entre les arbres de l'inatteignable sous-bois.

Le petit moineau tout heureux fêtait sa liberté. Il retrouva une communauté de moineaux qui vivait non loin de son ancienne prison de cristal et se joignit à eux.

Le héron était devenu tout triste. Il ne prenait plus plaisir à son corps élancé et ses ailes déployées même son magnifique plumage avait perdu son éclat. Peu à peu, les visiteurs délaissèrent le chemin de la cage aux oiseaux. Le héron s'ennuyait à mourir de son menu partenaire. Il comprenait, trop tard hélas, combien il lui était cher.

Mais un jour, le petit moineau revint, - eh oui, il revint, - mais pas tout seul. Il avait amené avec lui tout un nuage de moineaux. Ensemble, battant de l'aile, s'aidant de leurs petites pattes et de leurs becs, ils se placèrent dans l'embrasure et poussèrent, poussèrent, poussèrent jusqu'à ce que, soudain, tout céda et, le héron incrédule et ravi se retrouva bec à bec devant son ami le moineau.

Unis enfin, dans un vibrant chant de joie et d'action de grâces. Le cœur débordant d'une mission qu'ils ne comprenaient pas encore totalement, ils s'élevèrent vers le ciel; le héron soulevant le moineau de son aile. Tous deux prirent la route vers les grands espaces, enveloppés du sourire complice de leur Créateur.

Monique Bigras, m.i.c.