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LES PROPOS DE FARFELUE

Après les nouvelles de Radio-Canada, j’ai dit à Alfrédine: "Tu sais, je suis presque découragée.  Ma tante Caroline m'a téléphoné.  Elle vient dîner avec moi demain.  Je l'aime bien, cette bonne vieille tante, mais, sais-tu comment sa visite se passe?  Eh bien! elle arrive à 11 h, puis, jusqu'au dîner, elle me parle de son défunt mari. Ça fait 25 ans qu'il est mort.  Elle me raconte sa chute dans la cave à cause d'un étourdissement, son coeur qui était malade, son cholestérol qui était trop haut, ses rhumatismes, sa pression élevée... l'ambulance qui arrive, son séjour à l'hôpital et son décès huit heures plus tard.

Quand elle a terminé toute cette histoire, c'est l'heure du dîner.  Mais, pendant le repas, elle commence à me parler d'elle... combien elle trouve la vie difficile aujourd'hui. Les personnes âgées ont des difficultés : les escaliers roulants dans les métros, la neige de l'hiver, le trafic dans les rues, les autos qui vont trop vite, la pharmacie qui est un peu loin, etc. etc.  Et ces considérations se continuent jusqu'à 15h., l'heure du départ.  Quand ma tante pars je suis épuisée, crois-moi, Alfrédine".  Cette dernière m'a écoutée avec un silence religieux, sans m'interrompre une seule fois.  J'attendais... Alors, elle me dit:" Farfelue, essaie donc de la faire parler sur elle-même, je veux dire sur son passé.  Parle-lui de son enfance, de ses parents, comment était l'école qu'elle fréquentait quand elle a connu son mari et comment elle était habillée pour le mariage, etc. etc."

Savez-vous que j'ai suivi les conseils d'Alfrédine.  Ma tante est arrivée à 11h. bien juste.  Elle est partie à 15h. aussi juste.  Et je lui ai parlé de toutes sortes de choses de son enfance, de sa jeunesse.  Je vous dirai que pour moi, ce fut presque la plus belle visite au monde. J'ai appris tellement concernant cette soeur de mon père.  "Farfelue, me dit-elle en partant, je te remercie bien gros, et je vais revenir... tu es si gentille!".  J'ai réfléchi avant de m'endormir.  Ma conclusion, c'est que les personnes âgées aiment parler de leur passé.  Mais, il me fallait Alfrédine pour me le rappeler... Quand mon oncle Isidore, le frère de ma mère viendra, je m'en souviendrai...