Méditation et prières

Il ne portait aucun signe distinctif

Il ne portait aucun signe distinctif, n’avait fréquenté aucune école rabbi­nique, ne s’était affublé d’aucun titre cléri­cal. Il a fustigé le formalisme religieux de son époque et dénoncé tous les profiteurs qui rôdaient autour du temple. Il a refusé d’être associé à ceux qui détiennent le pouvoir et menacent au nom d’une quel­conque divinité. Parfois, il se présentait à la synagogue pour se nourrir de la Parole du premier testament. Il a ébranlé les autorités religieuses de son temps en se réclamant du prophète Amos : Ce n’est pas la peine de célébrer vos sacrifices ! Je ne veux plus enten­dre vos cantiques, ils me cassent les oreilles... Car ce que je veux, dit Dieu, c’est que la justice coule comme un torrent intarissable (Am 5,23-24). Il a déclaré qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu (Lc 20,25). Il a affirmé en pleine place publique que la religion est au service de l’homme et non l’inverse. Il a écarté la couronne de ses projets, ce qui a plu à un César timoré. Et comme le religieux et le politique n’étaient pas séparés, ils se sont alliés, chacun selon ses intérêts respectifs, pour l’éliminer et avoir la paix. On le nomme dans l’histoire de l’Humanité Jésus de Nazareth, le Christ, le prophète de Nazareth. Un homme libre qui a vécu au coeur des villes Avec ce petit coeur fragile Qui aimait tant et tant et tant. 1 Et cet homme vivait comme un laïc dans la société, rempli d’un Dieu vivant, désirant, gracieux, nourrissant et enivrant comme le pain et le vin, ardent comme un berger ou un fiancé. 2 Un laïc discret, atten­tif au prochain, recherchant sans cesse la justice et la réconciliation. Un laïc livré à la réussite de l’Humanité. Un critique dul ne portait aucun signe distinctif, n’avait fréquenté aucune école rabbi­nique, ne s’était affublé d’aucun titre cléri­cal. Il a fustigé le formalisme religieux de son époque et dénoncé tous les profiteurs qui rôdaient autour du temple. Il a refusé d’être associé à ceux qui détiennent le pouvoir et menacent au nom d’une quel­conque divinité. Parfois, il se présentait à la synagogue pour se nourrir de la Parole du premier testament. Il a ébranlé les autorités religieuses de son temps en se réclamant du prophète Amos : Ce n’est pas la peine de célébrer vos sacrifices ! Je ne veux plus enten­dre vos cantiques, ils me cassent les oreilles... Car ce que je veux, dit Dieu, c’est que la justice coule comme un torrent intarissable (Am 5,23-24). Il a déclaré qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu (Lc 20,25). Il a affirmé en pleine place publique que la religion est au service de l’homme et non l’inverse. Il a écarté la couronne de ses projets, ce qui a plu à un César timoré. Et comme le religieux et le politique n’étaient pas séparés, ils se sont alliés, chacun selon ses intérêts respectifs, pour l’éliminer et avoir la paix. On le nomme dans l’histoire de l’Humanité Jésus de Nazareth, le Christ, le prophète de Nazareth. Un homme libre qui a vécu au coeur des villes Avec ce petit coeur fragile Qui aimait tant et tant et tant. 1 Et cet homme vivait comme un laïc dans la société, rempli d’un Dieu vivant, désirant, gracieux, nourrissant et enivrant comme le pain et le vin, ardent comme un berger ou un fiancé. 2 Un laïc discret, atten­tif au prochain, recherchant sans cesse la justice et la réconciliation. Un laïc livré à la réussite de l’Humanité. Un critique du pouvoir, du divertissement qui endort, de la richesse qui produit guerre et pauvreté. Car lui était pauvre, doux, compatissant, juste, miséricordieux, faiseur de paix.

Dans une société où, avec raison, nous nous méfions du religieux et de ses dérapa­ges, l’Humanité a besoin d’un laïc comme ce Jésus de Nazareth et besoin de laïcité. La laïcité n’implique pas la disparition de la religion de l’espace public. L’État est une institution humaine, le résultat d’un développement historique, le produit du travail des femmes et des hommes dési­reux de bien vivre ensemble sur un même territoire. L’État n’est plus sacré parce que la culture politique moderne ne lui reconnaît plus la compétence de nous dire si un dieu existe ou non. L’État ne sait pas et ne peut pas savoir s’il y a une vie ou non après la mort. L’État n’a finalement pas la compé­tence nécessaire pour nier le sacré au nom de la science... Il en résulte que l’État laïque ne se fait le promoteur d’aucune conviction en matière religieuse, pas plus l’athéisme qu’une croyance religieuse, et n’en favorise aucune.

 

LE RÊVE EST PERCHÉ HAUT

Jésus fut rarement là où on l’attendait (par exemple au temple), où c’était prévu (donc avec les purs, les forts, les gagnants), où il aurait pu donner un show. Il se dépla­çait, prenait la route, observait et consa­crait tout le temps nécessaire à la personne rencontrée. Il préférait les rencontres aux réunions. Jésus avait le rêve perché haut, pour reprendre une expression de Richard Séguin : il désirait que ce peu et ce beau­coup que nous sommes, bonté et méchanceté, paix et guerre, révolte et douceur 4 devien­nent conscients en nous et soient utilisés comme des outils de Pentecôte. Jésus avait une visée de développement et de rappro­chement qu’il tenait de Celui qu’il appelait « Abba ». Le développement de la dignité et des ressources de chacun et chacune. La mise en commun pour qu’aucun(e)

ne se perde. Quel merveilleux défi pour les chrétiennes et les chrétiens que de se redéfinir dans une société laïque : se redé­finir non en fonction de l’Église, du passé et de la doctrine, mais en fonction des pauvres négligés par l’institution politique, du partage de l’environnement menacé et de l’audacieuse Parole du prophète de Nazareth ! Se redéfinir en fonction du projet de Dieu notre Père.

Sans valeur transcendante à laquelle se raccrocher, sans modèle de société à poursui­vre, sans vie exemplaire à imiter, chacun est réduit à l’étroitesse de sa quotidienneté... Ce que nous vivons, c’est un processus général d’effritement de toute l’existence. 5 Pourquoi vivre ? Comment vivre ensemble ? Des questions incontournables et angoissan­tes qu’hommes et femmes d’un Québec laïque se posent... et auxquelles les chré­tiennes et chrétiens peuvent apporter des morceaux de réponses en autant que leur foi redevienne gaillarde et aventureuse... loin de la secte timorée et de la religiosité égoïste.

André Gadbois

Nos jours s'enfuient
Méditation sur le psaume 89 (90)

Le nombre de nos années. Tout passe si vite ! A peine ai-je eu le temps de me détourner de mon enfance, que j’ai déjà les cheveux blancs. Et pourtant, du dedans, je balbutie encore, et c’est à peine si j’ai appris à murmurer ton Nom.

Il me faudrait mille ans, ou peut-être l’éternité entière pour que j’aie le temps d’apprendre à écouter le bruit de fin silence qui émane de ton souffle quand tu t’adresses à moi. Et mille ans de plus pour savoir te répondre, avec cette délicatesse que tu as pour nous. Et plusieurs vies, pour comprendre ce que tu attends de moi.

Le printemps est là ; mais à peine ai-je le dos tourné, que c’est la fin de l’été ! Nous avons semé les graines de tomates, nous avons pensé à autre chose, et le fruit rouge est là. Tu l’as chauffé de ton soleil, et la pluie du ciel l’a nourri. Pendant ce temps, nous étions ailleurs, nous perdions notre temps en billevesées et nous t’oubliions. Qu’est-ce que ce souffle, Seigneur, que tu retires de la gorge de l’homme avant même qu’il ait appris à respirer à ton rythme ?
Combien de ceux que nous aimons sont partis en terre trop tôt ?
Avons-nous su seulement leur dire des mots de profondeur, et recevoir les leurs, sans tourner la tête trop vite ?
Qu’avons-nous le temps de bâtir, qui soit solide, si le souffle du temps s’acharne à accélérer le rythme des jours et des ans ?
A moins de déposer nos années et nos petites œuvres, en kit, là devant toi, et nos égarements, et nos étourderies, pour que tu reconstruises tout cela à l’endroit, dans l’éclat de ta présence ?