FONDATRICE - Tombeau de la fondatrice

Tombeau de Délia Tétreault

 Mère Délia Tétreault a été inhumée en 1941 au cimetière de la congrégation à Pont-Viau. Puis, le 19 octobre 1983, ses restes mortels furent exhumés et déposés dans un tombeau situé à l’arrière de la chapelle de la communauté, au 100 place Juge Desnoyers, Pont-Viau, Laval.

 Depuis novembre 1999, une magnifique verrière, oeuvre de l’artiste J.R. Macdonnell, orne la fenêtre du petit oratoire où est situé le tombeau. Elle représente le rêve prophétique de la jeune Délia. Au terme de sa vie, ce rêve avait déjà commencé à se réaliser et il continue à inspirer celles et ceux qui poursuivent son oeuvre.

En 1985, la translation des restes de notre Fondatrice se fit le 19 octobre. Le petit oratoire qui les  reçut a aussi un « Maria » artistiquement reproduit et le motif au bas du tombeau nous redit l’esprit d’Action de Grâces qui doit nous animer, et que Marie nous a donné la terre pour prouver notre sincérité envers le Seigneur.

Visite au tombeau de la vénérable Délia Tétreault





                                                                                                                                  

Notice sur Délia Tétreault publiée en 2013 au Dictionnaire des femmes mystiques.

Un article de  Thérèse Nadeau Lacour, Docteur en philosophie (France) et Docteur en théologie (Canada). Elle réside au Québec depuis 1990 où elle est professeur titulaire de théologie morale à l`Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et professeur associé de théologie spirituelle, à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l`Université Laval, à Québec. Spécialiste en anthropologie du « sujet croyant » et en théologie de la vie mystique, elle s`intéresse particulièrement aux maîtres spirituels de la modernité et à l`articulation des dimensions éthique et spirituelle de leurs expériences. Elle est également membre du comité scientifique du Centre d`étude des écrits de Marie de l'Incarnation (CÉMI).

TÉTREAULT, DÉLIA, vénérable (Marie du Saint-Esprit en religion; Marieville, 1865 - Montréal, 1941). Généralement appelée par son nom civil, Délia Tétreault, Marie du Saint-Esprit est d’abord reconnue comme une femme d’action dont le charisme de fondatrice a donné à l’Église du début du XXe siècle une œuvre apostolique étonnante et quasi prophétique : après plusieurs années d’engagements religieux et caritatifs - novice chez les Sœurs de la Charité de Saint-Hyacinthe, puis membre d’une maison de bonnes œuvres à Montréal -, elle ouvre en 1902 l’École apostolique qui deviendra en 1904, à la demande du pape Pie X (r. 1903-914), l’Institut des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception. « Apostolat des infidèles », le projet se concrétisera dès 1909 par des missions en Extrême-Orient et particulièrement en Chine : tel le lointain écho du songe qu’elle fit alors qu’elle était enfant, et dans lequel elle voyait un champ d’épis de blé mûrs se transformer en autant de têtes d’enfants représentants des « âmes d’enfants païens ». Mais le caractère apostolique évident de la fondation ne peut se comprendre qu’à partir de la vie mystique de la fondatrice, qui à la fois inspire et dépasse les formes instituées et visibles de la mission. Ainsi, l’originalité de l’Institut se trouve certes dans la vision missionnaire de la fondatrice mais, surtout, dans l’enracinement mystique de cette vision. L’Institut porte la trace vive de la vie intérieure de la fondatrice ; le nom de religion choisi par Délia manifeste d’ailleurs clairement le double ancrage d’une existence mariale et pneumatologique, et sa forme particulière d’élévation vers Dieu.

   Sur le chemin qui la conduit à connaître et réaliser la volonté de Dieu, « la grâce des grâces », Marie, « l’Immaculée Mère » est son maître spirituel. Si, pour la mystique, « tous les jours doivent être des jours de Marie », deux événements, deux mystères de la vie de Marie seront néanmoins pour elle des objets de contemplation et d’inspiration jamais désertés : la Visitation, et la présence de Marie au Cénacle. Selon une tradition bien établie chez les mystiques de l’action, la Visitation est une invitation à la charité, au souci de l’autre ; mais Délia Tétreault insiste surtout sur le Magnificat, cet hymne d’action de grâces de la jeune Marie. Selon la religieuse, une vie conformée à Marie doit tendre à devenir tout entière « action de grâces ». On pourra dire que, avant même l’apostolat, la vie de l’Institut est vouée au Deo gratias.

   La mission auprès des « infidèles » est alors à comprendre comme un acte de « reconnaissance » adressé en permanence à Dieu. Aussi, toute l’existence de Délia Tétreault, comme celle de l’Institut qu’elle fondera, est vouée à rendre « amour pour Amour » à Celui qui, par amour, a donné sa vie pour que chaque homme soit sauvé. Plus profondément encore, lorsqu’elle devient véritablement action de grâces, une existence participe de l’Action de grâces qu’est, pour le Père, la Passion du Fils ; il s’agit là d’une voie royale de conformation au Christ que Délia Tétreault connaîtra particulièrement dans les huit dernières années de sa vie, alors que, murée dans l’inaction et le quasi silence auxquels la condamne une maladie qu’elle avait plusieurs fois demandée à Jésus-Eucharistie, elle entre dans une mystique oblative et réparatrice, ultime étape de purification et ultime forme de sa mission propre.

   Tout au long de sa vie, l’Immaculée la conduit maternellement vers l’Esprit par qui elle est devenue la Mère du Christ et qu’elle recevra avec les apôtres au Cénacle. L’importance que la mystique accorde à la Pentecôte - qui deviendra le jour de fête de l’Institut -, pointe clairement le caractère essentiel de l’Esprit-Saint dans sa vie. Délia n’avait pas vingt ans lorsqu’elle expérimente en elle la venue de l’Esprit-Saint : elle devient ainsi la familière de cette troisième personne de la Trinité, celle qui est tout Amour. L’Esprit-Saint est comme le sceau par lequel Dieu marque l’existence de la religieuse, la faisant entrer dans la dynamique de l’Amour trinitaire. En 1901, par exemple, alors qu’elle est frappée de tuberculose pulmonaire et que les portes semblent se fermer les unes après les autres comme autant d’obstacles à la réalisation de ce qu’elle sait être sa vocation, elle se tourne vers la Trinité, se consacre à elle et se livre totalement à l’action transformante de l’Esprit qui lui donnera aussi d’accueillir chaque événement comme une grâce, celle de faire la volonté de Dieu.

   Lorsque, en 1933, l’existence de sœur Marie du Saint-Esprit semblera se résumer à un long silence souffrant, elle demandera que lui soit lu, chaque samedi, l’Acte de consécration à Marie de Louis-Marie Grignon de Montfort (1673-1716). Celle qui avait envoyé en Chine une centaine de missionnaires et que la maladie n’avait jamais permis d’être sur les terrains de mission, réalise alors au plus haut degré sa vocation missionnaire par une vie devenue entièrement oblative, véritable « culte spirituel », selon l’expression de l’Apôtre des nations. Sœur Marie du Saint-Esprit « entre dans la vie » le 1er octobre 1941 ; elle est déclarée vénérable par Jean-Paul II (r. 1978-2005) en 1997.

Thérèse Nadeau-Lacour

Bibl. : Œuvres : Pensées, Pont-Viau (Québec, Canada), Archives M.I.C., coll. « D’un pôle à l’autre », 10 fascicules, 1967 à 1988. Études : Yves RAGUIN, Au-delà de son rêve, Délia Tétreault (biographie), Montréal, Fides, 1991.